Brouillards toxiques

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L’éditeur Zones Sensibles est un de ceux qu’on aime suivre, car il ne considère pas le savoir comme un champ strictement compartimenté. Dans les livres, on ne trouve donc point de droites lisières tirées au cordeau entre les disciplines, mais plutôt des interpénétrations complexes qui rendent justice aux sujets envisagés. Ce sera encore le cas avec un livre qu’on se réjouit de lire pour plus d’une raison. Brouillards toxiques d’Alexis Zimmer (biologiste et philosophe, un profil à propos pour se jouer des frontières) traite en effet du passage en 1930 dans la vallée mosane, non loin de Liège, d’un brouillard toxique et de ses conséquences sanitaires et sociales.

Ce sujet d’enquête (voire de contre-enquête comme l’indique le sous-titre du livre) touche quiconque a vécu et/ou est originaire d’une région industrielle, où souvent seules subsistent des tours de métal rouillé comme témoins d’une grandeur passée (et des sols pollués aux métaux lourds pour une durée qu’on n’ose pas imaginer…). Toujours pour revenir sur cette question des frontières, le brouillard est par ailleurs un bon sujet, puisque celui-ci s’en joue, aussi bien dans son mouvement, que dans son état, entre liquide et air.

Ce livre titille enfin, car il semble relever de ce qu’on nomme l’histoire environnementale, une catégorie hétéroclite et interdisciplinaire des sciences historiques qui n’en est encore qu’à ses balbutiements dans le domaine francophone. Les séparations obsolètes entre sciences sociales et sciences de la nature expliquent le retard qui a été pris dans l’écriture nécessaire d’un passé tenant compte des rapports complexes entre humains et éléments non humains (climats, paysages, animaux…). Pour cette raison, on salue d’ores-et-déjà la parution de l’ouvrage d’Alexis Zimmer, dont un des objectifs est de mettre en avant le rapport, pas si évident dans les années 1930, entre charbon, brouillard toxique et santé.

Pour reprendre la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur : « En considérant cette catastrophe dans le temps long nécessaire à sa production (comme un processus et non comme une interruption) ; en suivant la piste des matières de sa constitution (leur (a)cheminement et les assemblages techniques, sociaux, politiques et discursifs) nécessaires à leur transformation ; en étudiant le rôle et les effets des pratiques savantes, Brouillards toxiques permet de comprendre la transformation conjointe, par l’industrialisation, des corps et des environnements et la production de nouveaux phénomènes météorologiques. »

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