Interventions

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Frank Durnell Conard, Tempête de sable au Kansas, vers 1935-1936, Kansas Historical Society

J’ai le plaisir de proposer de temps à autre des conférences dans différents lieux. Voici la liste des sujets, adaptables en fonction des demandes. N’hésitez pas à me contacter. Cette liste sera évolutive.

  1. Art et Anthropocène. Créer au temps des catastrophes.
  2. Construire la bibliothèque sonore du monde : sons et récits autour de l’héritage d’Alan Lomax.
  3. Le Chute du Ciel : témoignages et avertissements des peuples premiers à l’ère de l’Anthropocène.
  4. Grande Dépression, tempêtes de poussière et grande crue du Mississippi. Récits, images et musiques d’une Amérique en « crise ».
  5. Pour un nouvel usage sonore du monde, pour un field recording low tech.
  6. Filmer les « existences inhumaines ». Potentialités et tentatives d’un cinéma « animiste ».
  7. Nature/culture, histoire et craquelures d’un dualisme occidental.
  8. « Et ce jeu violent n’est que le reflet de notre civilisation. » Autour des Maîtres fous de Jean Rouch et de la ciné-transe.
  9. Le Grand Nord : images et récits du laboratoire du futur.
  10. Inventer des mondes : la science-fiction pour imaginer les devenirs de l’Anthropocène.
  11. Des microsillons comme lieux de survivances. Écoutes de musiques « traditionnelles » et récits autour de quelques labels (Ocora, Folkways, Chant du Monde…).
  12. La « bille bleue » : représentations et conceptions de la Terre à l’ère du monde fini.
  13. Collectionner le monde. Histoire et enjeux des cabinets de curiosités.
  14. Anthropocène. Histoire, enjeux et politiques d’une notion polémique.

 

  1. Art et Anthropocène. Créer au temps des catastrophes.

L’Anthropocène désigne cette période de l’histoire du monde où l’humanité elle-même devient le moteur de changements à l’échelle géologique. Entrer dans cette nouvelle ère, c’est s’efforcer de mettre en cause les modèles politiques, culturels et écologiques qui l’ont façonné. En envisageant la place de l’homme dans le monde, l’art et les pratiques artistiques reflètent la genèse et le développement de l’anthropocène, mais ils offrent peut-être aussi des éléments propres à inquiéter le présent et penser l’avenir.

  1. Construire la bibliothèque sonore du monde : sons et récits autour de l’héritage d’Alan Lomax.

Alan Lomax, « l’homme qui enregistrait le monde » tel que l’appelle son biographe John Szwed, est le collecteur de musiques traditionnelles le plus célèbre au monde. Par son travail acharné d’enregistrement des musiques de ceux qui ne sont le plus souvent que des « sans voix » (dans les prisons, les zones rurales et les communautés afro-américaines), par ses découvertes de figures mythiques telles que Leadbelly ou Muddy Waters et par ses voyages de collectages en Grande-Bretagne, en Italie ou encore en Haïti, Lomax a joué un rôle crucial dans le développement des musiques populaires au 20e siècle. Quelques sons et récits tenteront de cerner l’héritage de ce porteur de micro-mémoire.

  1. Le Chute du Ciel : témoignages et avertissements des peuples premiers à l’ère de l’Anthropocène.

La catastrophe écologique et sociale que connaît l’humanité est le plus souvent envisagée d’après le point de vue de ceux qui ne la subissent que de loin – jusqu’à présent. Quantité de témoignages issus de peuples désormais disparus, comme les Selk’Nam de la Terre de Feu, ou en sérieux danger, tels que les Indiens Yanomami du Brésil, attestent pourtant d’une conscience, parfois ancienne, de la nocivité et du danger des usages du monde dits « modernes ». Dans un contexte où les modes de vie typiquement occidentaux semblent mener à une impasse, ces récits témoignent de la nécessité proche, comme l’écrit le philosophe Eduardo Viveiros de Castro, de « ne pas cesser de re-devenir Indien. »

  1. Grande Dépression, tempêtes de poussière et grande crue du Mississippi. Récits, images et musiques d’une Amérique en « crise ».

Crue du Mississippi de 1927, krach de 1929, manifestations de la faim, migrations massives de populations, sécheresses et tempêtes de poussière… L’Amérique de la fin des années 1920 et des années 1930 a expérimenté une série d’épreuves, économiques, sociales et écologiques, qui résonnent avec le monde contemporain, notamment en prise avec les bouleversements, en cours et à venir, du réchauffement climatique. Ces catastrophes ont pris l’apparence de mythes et ont alimenté un imaginaire illustré aussi bien par des images (par exemple de Dorothea Lange et Walker Evans), que par des musiques (du blues au folk de Woody Guthrie) et des récits de hobos et de travailleurs, collectés notamment par Studs Terkel.

  1. Pour un nouvel usage sonore du monde, pour un field recording low tech.

Depuis la Renaissance, la rationalité et le culte du progrès en Occident n’ont eu de cesse de creuser l’écart entre les choses de la nature et celles de la culture, avec les conséquences dramatiques que l’on connaît notamment en termes d’écologie. Dans le même temps existent d’autres rapports au monde, qui peuvent être défendus par la musique ou les arts sonores. Les praticiens de l’enregistrement de terrain (du field recording) privilégient ainsi l’immersion, la lenteur et le changement de perspective, par le biais des microphones et de l’enregistreur. Si elle peut amener à une telle approche, cette pratique doit cependant être questionnée pour le rapport particulier qu’elle entretient avec la technique. Alors que le silence et le bruit tendent à devenir la norme, l’exposé présentera diverses manières de réenchanter le monde par le biais du sonore et de l’écoute.

  1. Filmer les « existences inhumaines ». Potentialités et tentatives d’un cinéma « animiste ».

Dans les années 1930, Jean Epstein évoque la possibilité d’un cinéma « animiste » dont le but serait de rendre sensible aux « existences inhumaines » cohabitant avec l’humain. Celui-ci explorerait également les capacités d’une machine, le cinématographe, qui permet d’envisager d’autres temporalités et de développer la « portée de nos sens ». Avec Le tempestaire (1947), le cinéaste a offert un magnifique exemple d’un tel cinéma. Terme souvent galvaudé, l’animisme peut-il à certaines occasions servir à désigner les formes ou le contenu d’un art, le cinéma, inventé par une civilisation qui a désenchanté le monde et placé l’humain au centre de ses préoccupations ? Le cinéma permettrait-il d’individualiser et de montrer les vies des « autres qu’humains » ? Peut-on, par le biais de la caméra, suggérer le point de vue de ceux-ci ? Quelques exemples issus du cinéma expérimental, documentaire et animé tenteront de répondre à ces questions.

  1. Nature/culture, histoire et craquelures d’un dualisme occidental.

Depuis quelques siècles, l’Occident a élaboré une pensée dualiste autour des notions de Nature et de Culture. Cette vision du monde, basée sur l’idée de séparation, a contribué au drame écologique global contemporain. Mais dans le reste du monde, d’autres manières d’être et d’appréhender notre environnement existent et peuvent nous aider à recomposer les rapports entre nature et culture. Dans ces temps troublés, rester Humain ou devenir Terrien, tel sera tout l’enjeu de l’évolution de notre rapport au monde et à nous-mêmes.

  1. « Et ce jeu violent n’est que le reflet de notre civilisation. » Autour des Maîtres fous de Jean Rouch et de la ciné-transe.

Lorsqu’en 1955, le cinéaste ethnologue Jean Rouch présente son court métrage Les maîtres fous, les spectateurs se prennent un uppercut dont la puissance reste toujours d’actualité. En filmant les pratiques rituelles de la secte religieuse des Haouka, composée d’immigrés pauvres d’Accra au Ghana, Rouch montre non seulement l’emprise du colonialisme sur les corps et les esprits, mais aussi la manière dont ces effets sont transfigurés pour offrir un miroir inconfortable aux colonisateurs blancs. Ce film, avec lequel Jean Rouch donne ses lettres de noblesse à la « ciné-transe » reste une bombe qui parle de pouvoir, de communauté et de folie.

  1. Le Grand Nord : images et récits du laboratoire du futur.

Des animaux qui ne migrent plus, ou au mauvais moment, qui s’éteignent peu à peu. Des glaces qui fondent et contribuent à la montée des océans, au façonnage de nouveaux paysages, à l’usage d’autres voies de navigation. Des hommes et des femmes contraints à abandonner leurs modes de vie, à voir leurs terres confisquées pour l’exploitation du pétrole ou pour le loisir esthétique des plus riches. Tels sont quelques exemples de ce qui se joue aujourd’hui dans le « Grand Nord ». Cet espace immense et hétérogène, qui il y a peu encore semblait un réservoir presqu’illimité pour nos imaginaires, est devenu un laboratoire où se joue bien plus – et ce serait déjà en fait bien suffisant pour en être affecté – que la survie de quelques ours blancs.

  1. Inventer des mondes : la science-fiction pour imaginer les devenirs de l’Anthropocène.

Cela fait longtemps que l’on sait que l’imaginaire, les fables ou les rêves peuvent être porteurs de connaissance. Dans le contexte de l’anthropocène, cette période de l’histoire du monde où l’humanité elle-même devient le moteur de changements à l’échelle géologique, la science-fiction revêt une importance capitale pour imaginer des futurs potentiels. Des futurs repoussoirs pour infléchir la trajectoire mortifère de nos modes de vie, des futurs désirables pour ne pas céder au cynisme et au découragement. L’exposé présentera différentes manières, issues du cinéma et de la littérature, dont la science-fiction envisage nos avenirs et nous offre, peut-être, des outils utiles à la survie de notre futur.

  1. Des microsillons comme lieux de survivances. Ecoutes de musiques « traditionnelles » et récits autour de quelques labels (Ocora, Folkways, Chant du Monde…).

A ses débuts en tant que discipline, l’ethnomusicologie s’intéresse surtout aux formes et structures des musiques dites « traditionnelles ». Avec l’invention de systèmes d’enregistrement à partir de la fin du 19e siècle, les collecteurs vont pourtant contribuer à une extraordinaire entreprise de sauvegarde – certes virtuelle – de modes d’expression bientôt engloutis par de nombreux processus d’uniformisation culturelle. Ces enregistrements publiés par des labels mythiques tels qu’Ocora, Folkways ou Chant du Monde, témoignent de formes de vie et de manières d’envisager le monde, radicalement, musicalement et joyeusement autres, qui ont disparu ou sont sur le point de disparaître.

  1. La « bille bleue » : représentations et conceptions de la Terre à l’ère du monde fini.

La « bille bleue » est le surnom de la Terre telle qu’elle a été photographiée le 7 décembre 1972 par la mission Apollo 17. Cette image qui montre la Terre en entier, presque fragile dans un espace immense, est captée l’année même où le Club de Rome publie le célèbre Rapport sur les limites de la croissance. Cette coïncidence correspond à un moment symbolique de prise de conscience pour le grand public : la croissance ne peut pas être infinie dans un monde fini. Seront envisagées différentes manières de représenter la Terre, depuis l’Antiquité, manières qui sont autant de conceptions (politiques, écologiques et anthropologiques) du monde.

  1. Collectionner le monde. Histoire et enjeux des cabinets de curiosités.

Le cabinet de curiosités est aussi bien un lieu (de découverte, de conservation, de savoir) qu’une vision du monde. A la Renaissance et suite aux Grandes Découvertes, l’homme rencontre la nécessité de classer tous les objets – naturels ou fabriqués – de la Création. Dans ce sens, les cabinets de curiosités ne sont pas seulement les ancêtres de nos musées, mais aussi les laboratoires d’une pensée de la séparation. Si les cabinets de curiosités n’existent désormais plus qu’à titre de récréation esthétique, les questionnements qu’ils soulèvent (par exemple sur le rapport à l’exotique, mais aussi sur les distinctions entre nature et culture ou entre sciences de la nature et sciences humaines) sont plus que jamais d’actualité.

  1. Anthropocène. Histoire, enjeux et politiques d’une notion polémique.

L’Anthropocène désigne cette période de l’histoire du monde où l’humanité elle-même devient le moteur de changements à l’échelle géologique. Le réchauffement climatique lié à un usage immodéré des énergies fossiles et l’extinction de la biodiversité apparaissent comme deux phénomènes majeurs de cette nouvelle ère. Questionné aussi bien par certains militants que par une partie de la communauté scientifique, l’Anthropocène est un concept heureusement polémique (tout comme ceux, par exemple, de « Renaissance » ou de « Moyen Age »). On lui a préféré les appellations de Capitalocène, de Chthulucène et même de Stupidocène ! L’exposé reviendra sur les enjeux et l’histoire de ces termes, ainsi que sur la manière, et c’est peut-être le plus important, dont ils peuvent être efficaces en termes de politiques.

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